jeudi 8 novembre 2007

LES ORIGINES PIEDS-NOIRS


Selon le Petit Robert, le terme « Pied-Noir », utilisé comme substantif ou adjectif, désigne familièrement les « Français d'Algérie », rapatriés en France à partir de 1954.
Dans l'usage courant, « Pied-Noir » est un quasi synonyme de « rapatrié ». Pied-noir inclut des francais chretiens et juifs. Enrico Macias ou Patrick Bruel sont des juifs pied noirs.
« Rapatrié » fait référence à un statut administratif qui a concerné, à partir de 1962, essentiellement les Français repliés d'Algérie au moment de l'indépendance, puis qui a été étendu à d'autres populations venant du Maroc et de Tunisie, voire d'anciennes colonies françaises. Parmi les rapatriés d'Algérie, qui étaient tous de nationalité française, on englobe les musulmans, plus souvent désignés par le terme de harkis, c'est-à-dire ceux des militaires, anciens supplétifs de l'armée française, et leurs familles qui ont pu trouver refuge en France, et les non-musulmans, soit d'origine européenne, soit de la communauté juive locale.
« Pieds-Noirs » s'applique plus précisément à ces deux dernières catégories, ainsi qu'aux rapatriés originaires des autres pays du Maghreb, mais certains l'étendent aussi parfois aux harkis.

L'apparition de ce terme pour désigner les Français d'Algérie est datée, selon Paul Robert, qui était lui-même Pied-Noir, de 1955.
Pour d'autres, ce terme aurait déjà été en usage vers 1951-1952, dans les casernes en métropole, bien avant de parvenir en Algérie, pour désigner les recrues françaises originaires d'Afrique du Nord. Il n'y avait en Algérie, avant la guerre d'indépendance, aucun sobriquet pour désigner les Français d'Algérie eux-mêmes, si ce n'est les appellations courantes d' « Algériens » ou de « Nord-Africains », désignant alors seuls les Français d'Algérie ou d'Afrique du Nord, alors que les indigènes étaient désignés comme « Arabes », ou « musulmans ».
Les Français d'Algérie, au contraire, utilisaient de leur côté plusieurs surnoms pour désigner les Français de Métropole ("Francais de France" , "Francaoui", " Patos" )
Le surnom de « pieds-noirs » semble n'être parvenu en Afrique du Nord, qu'après 1954, peut-être apporté par les soldats métropolitains venus en nombre. Toutefois son usage ne s'est vraiment répandu en Algérie que dans les toutes dernières années de la présence française et surtout en France, après le rapatriement. Quoi qu'il en soit, les premières attestations certaines de ce terme, dans cette acception, sont à ce jour les suivantes :
en 1957, dans un roman de Georges Damitio intitulé les Pieds-Noirs, publié par les éditions Albin Michel ;
en juin 1960, dans le « Bloc-Notes » de François Mauriac dans l'Express ;
en septembre 1961, dans une étude intitulée « les Pieds-Noirs » parue dans La Revue des Deux Mondes.

Des explications plus ou moins crédibles, probablement imaginées après coup, ont alors été avancées : allusion aux souliers supposés vernis ou aux bottes noires des premiers immigrants ou aux brodequins noirs des soldats de l'armée d'Afrique, aux jambes des colons, noircies en défrichant les marécages, etc. Certains évoquent même les Indiens Pieds-Noirs (Black-Feet) d'Amérique, qui auraient été présents dans les contingents américains qui débarquèrent en Afrique du Nord en 1942. Toutes ces explications sont probablement fausses puisque, si elles étaient vraies, la dénomination de « Pieds-Noirs » aurait été connue en Algérie, bien avant la guerre d'indépendance.
Selon d'autres attestations exprimées elles aussi après coup, le terme aurait désigné, vers 1901, des « Arabes », chauffeurs sur les bateaux à vapeur traversant la Méditerranée. Selon un article récent « Vous avez dit Pieds-Noirs », paru dans le magazine Pieds Noirs d'Hier et d'Aujourd'hui de janvier 1999, on explicite l'origine de ce sobriquet utilisé dans le jargon de la marine, mécanisée dès la fin du XIXe siècle : les marins d'Algérie habitués aux températures torrides auraient été affectés aux machines à charbon, comme les « gueules noires » des mines, tandis que les marins métropolitains, armés de l'écouvillon pour graisser les canons, se seraient vu baptiser bouchons gras puis à terre : les patos » de l'espagnol « canard », à cause de leur démarche chaloupée acquise sur le pont par suite du roulis. Une photographie de 1917, portant cette mention, y est insérée. Cette dernière explication est peut-être valable pour le mot « patos », très utilisé sur place avant 1949, mais vraisemblablement pas pour le terme « Pied-Noir » qui était rigoureusement inconnu à Alger jusqu'en 1954.
Désignant les Français d'Algérie, cette appellation a pris, dès 1958, une nette connotation péjorative en métropole, notamment sous la plume de François Mauriac. Mais alors, les intéressés eux-mêmes, à l'heure où leur destin était menacé, s'en sont saisi, pour en faire l'étendard de leur identité, comme en témoignent les noms de nombreuses associations.

Les Pieds-Noirs d'Algérie représentaient au moment de l'indépendance une population d'environ un million de personnes.
La communauté d'origine européenne résultait du brassement de populations d'origines européennes variées mais à forte dominante méditerranéenne : Français (surtout des Alsaciens) Espagnols, Italiens, Maltais, Corses, Allemands et Suisses.
Jules Ferry à ce sujet, le 28 juillet 1885, lors d'un débat à la Chambre des députés: Les colons doivent être recrutés non seulement parmi les Français, mais aussi parmi les étrangers, notamment les Allemands, aux qualités solides, les Maltais et les Mahonnais, moins recommandables, mais s'adaptant facilement au pays. Du reste il serait imprudent de se montrer exigeant sur la qualité là où on a besoin de la quantité.
Une des premières communautés à s'installer en Algérie dés le début de la colonisation, furent des espagnols originaires des Baléares. L'arrière-garde du corps expéditionnaire français était stationnée à Maho sur l'île de Minorque. Les habitants de Maho furent donc les premiers à s'embarquer avec les navires français dés la conquête de 1830. Ces mahonnais marquèrent profondement la région de l'Algérois et fut une communauté spécialisée dans la production de primeurs. Cette immigration fut la plus forte entre 1830 et 1845. Cette communauté s'intégrera rapidement grâce au service militaire et à l'école.
S'y ajoutait la communauté juive plus anciennement installée - souvent de souche berbère et dont les origines remontent à la période d'avant la conquête arabe, entièrement acquise à la présence française après le décret Crémieux, et dont elle avait adoptée la culture et les combats, en 1914 et 1939.
Si les immigrés de nationalité française étaient majoritaires, les étrangers formèrent longtemps un pourcentage important de cette population jusqu'à atteindre 49 % en 1886. Après la loi de naturalisation automatique de 1889, leur nombre diminuera rapidement. Cette intégration des Pieds-Noirs, qui n'était pas évidente au début de la colonisation (certains politiciens locaux parlèrent de « péril étranger ») tant les tensions raciales étaient fortes entre les Français et les étrangers européens d'une part, entre les Européens locaux et les Juifs d'autre part, a probablement été favorisée par deux facteurs :
la politique du gouvernement français qui, inquiet à une certaine époque de voir l'élément français débordé démographiquement, a pris des mesures pour naturaliser de façon automatique les enfants d'étrangers nés sur le sol algérien (lois de 1889 et 1893) et accorder en bloc aux juifs, qui avaient accueilli les Français en libérateurs en 1830 et avaient depuis lors massivement adopté la culture française, le statut de citoyens français (décret Crémieux de 1870).
le sentiment d'une communauté de destin face à la population indigène musulmane dans un système colonial.
Par contre, aucune fusion ne s'est produite avec les Algériens issus de la culture musulmane alors désignés sous le terme générique de « Français musulmans ». Cela résulte au fait que les autorités musulmanes ont donné l'odre aux musulmans algériens de refuser la citoyenneté française à cause de la barrière de la religion dans une population islamisée de longue date.

À partir du 1er novembre 1954, date dite du massacre de la Toussaint rouge, l'Algérie plonge dans la violence. Les revendications indépendantistes de mai 1945 d'une minorité de la population musulmane (marquée par la répression de Sétif) ne marquèrent pas une rupture criante entre les algériens issus d'une culture musulmane et la communauté européenne; c'est à partir des attentats d'août 1955 dans le Constantinois que l'Algérie s'enfonce véritablement dans le chaos. Les massacres de plusieurs centaines de Pieds-Noirs perpétrés par le FLN le 20 août 1955 dans la région de Constantine, notamment à Philippeville et à El-Halia, auront une incidence lourde sur la suite du conflit. En France, les images de ces événements sont pourtant censurées[réf. nécessaire]. À l'époque, on parle seulement d'« événements » pour qualifier un conflit qui évolue petit à petit en une véritable guerre civile (rôle des harkis du côté des communautés algériennes, puis plus tard en 1960, formation de l'OAS du côté français).
En 1959, les Pieds-Noirs étaient 1 025 000, soit 10,4 % de la population vivant en Algérie. Leur poids relatif était en baisse après un maximum atteint de 15,2 % en 1926. La démographie en pleine expansion de la population musulmane contribuait à cette situation. Toutefois, la distribution de la population résultait en des régions à forte concentration de Pieds-Noirs. Bône, (Annaba), Alger, et surtout l'Oranie. Oran avait été sous contrôle européen depuis le XVIIe siècle. La population d'Oran était européenne à 49,3 % en 1959.
Dans l'Algérois, les Pieds-Noirs représentaient 35,7 % de la population. À Bône, ils comptaient pour 40,5 % de la population. Le département d'Oran, avec une zone agricole richement développée de 16 520 km² entre Oran et Sidi-bel-Abbès, avait la plus haute densité de population rurale européenne, soit 33,6 % de la population du département en 1959.
Beaucoup de Pieds-Noirs se sentirent trahis par l'attitude de Charles de Gaulle qui a d'abord déclaré (notamment lors du discours de Mostaganem) soutenir l'Algérie Française, pour ensuite approuver le principe du droit à l'autodétermination du peuple algérien et par suite l'indépendance de l'Algérie, alors même qu'ils ne pouvait en méconnaître les conséquences concrêtes et qu'il s'était aussi servi de la frange la plus radicale des partisans de l'Algérie française pour revenir aux affaires.
Face au désengagement de l'état français et à l'absence de mesures concrètes visant à protéger la minorité ethnique et religieuse qu'ils représentaient, la majorité des pieds-noirs, en particulier à Oran, ont soutenu l'OAS et sa politique de terre brulée et terreur envers les musulmans, ne cédant en rien à celle du FLN.[1].

En quelques mois entre la fin du printemps et septembre 1962, 900 000 Français, Européens et Juifs, quittèrent le pays dans une situation de chaos et un mouvement de désespoir. La valise ou le cercueil, slogan de certains nationalistes algériens[réf. nécessaire][2], a résumé par anticipation le sentiment d'abandon total ressenti par cette population. Ne sentant plus sa sécurité assurée, elle s'élança dans un exode soudain et massif.
Le gouvernement avait estimé à 200 000 ou 300 000 le nombre de rapatriés temporaires en France. Aussi, rien n'était prévu pour leur retour. Beaucoup durent dormir dans les rues à leur arrivée en France, où la majorité n'avait jamais mis les pieds et n'avait ni famille, ni soutien. Certains souffrirent également du ressentiment des métropolitains qui n'étaient généralement pas favorables à la guerre et avaient souffert des appelés morts ou blessés en Algérie. Ils bénéficièrent cependant d'aides à l'installation (qui par contrecoup générèrent des jalousies en Corse qui aida au décollage du nationalisme corse).
Les scènes de milliers de réfugiés paniqués campant pendant des semaines sur les quais des ports d'Algérie en attendant une place sur un bateau vers la France devinrent habituelles entre avril et août 1962.
Certains Pieds-Noirs détruisirent leurs biens avant d'embarquer, en signe de désespoir et de terre brûlée, mais la plupart partirent en laissant intacts et abandonnés leurs patrimoines. Beaucoup, en effet, espéraient que les promesses du gouvernement gaulliste pouvaient être tenues, au moins partiellement, et qu'ils pourraient revenir. En septembre 1962, Oran, Bône, ou Sidi-bel-Abbès étaient laissées à moitié abandonnées. Toutes les administrations, police, écoles, justice, activités commerciales s'arrêtèrent en trois mois. La population s'est donc massivement réfugiée en France en quelques années, la majorité dans le chaos de 1962. Une petite minorité est allée en Espagne, principalement dans la région d'Alicante. D'autres sont partis pour des pays plus lointains, comme le Canada ou l'Argentine. Les juifs ont massivement choisi la France, et peu sont partis en Israël. En comptant les rapatriés des autres pays du Maghreb, on arrive à un total d'environ 1,5 million de personnes, soit environ 3 % de la population française.
Toutefois, une quantité non négligeable de français est restée vivre en Algérie après l'indépendance, mais leurs espoirs ont été brisés par les décrets de nationalisation des terres et des commerces du premier Novembre 1963. Si au plus fort de la guerre civile au début des années 1990, il ne restait plus que 2 000 français dont une poignée de pieds-noirs, depuis quelques années, les européens vont à nouveau s'établir là-bas, aussi la libéralisation de l'économie attire de plus en plus les investisseurs.

Le gouvernement français laissa toutes les archives administratives au nouveau gouvernement algérien. Ce qui signifia pour les Pieds-Noirs, l'absence d'accès à leurs actes de naissance et autres actes d'état-civil. Certains eurent du mal à prouver leur nationalité française. Devant l'incongruité de la situation, dans les années 1970, le gouvernement français, finalement, décida d'envoyer une mission dans les grandes communes d'Algérie pour copier les registres d'état-civil. Les mairies des petites communes ne furent pas visitées, ce qui explique les problèmes rencontrés face à l'administration jusqu'à aujourd'hui par certains.
Généralement les Pieds-Noirs se sentirent rejetés à leur arrivée en France. Ils eurent à affronter les invectives racistes, notamment de la gauche communiste, qui les caricaturaient comme des colons profiteurs. À l'été 1962, les Pieds-Noirs désespérés et démunis, arrivés sur des bateaux surchargés, furent reçus, à l'initiative des dockers CGT, par des pancartes hostiles (« les Pieds-Noirs à la mer ») à l'entrée du port de Marseille. Malgré les préventions qu'affichaient certains hommes politiques (comme le maire socialiste de Marseille, Gaston Defferre, qui déclarait en juillet 1962 : « Marseille a 150 000 habitants de trop, que les Pieds-Noirs aillent se réadapter ailleurs. ») à l'égard d'une population qu'ils ne connaissaient pas vraiment, et cataloguée sur des préjugés racistes comme étant constituée de colons « faisant suer le burnous », d'être raciste, violente et machiste, et dont la structure socioprofessionnelle ne devait pas faciliter l'intégration dans une économie moderne. Pourtant les Pieds-Noirs s'adaptèrent rapidement, ces sombres prévisions ont été démenties par les faits.
En réalité, la vaste majorité des Pieds-noirs appartenait à la classe ouvrière ou à un prolétariat urbain de petits employés. La population était urbaine à 85 %, composée de petits fonctionnaires, artisans et commerçants, dont le revenu moyen était inférieur de 15 % à celui des Français métropolitains. Le niveau d'instruction dépassait rarement le certificat d'étude primaire. 5 % seulement étaient des agriculteurs propriétaires et les très grandes fortunes se comptaient sur les doigts d'une main.
Cependant, après l'âpre accueil reçu, les Pieds-Noirs s'intégrèrent rapidement, contribuant à l'essor économique des années 1960. Notamment dans les régions de Provence, et de Languedoc-Roussillon. Des villes auparavant endormies ont connu un coup de fouet économique qui a contribué à leur dynamisme actuel (Montpellier, Perpignan, Nice, et particulièrement Marseille) Les pieds noirs restent une communauté singulière.Assimilés Francais dans une France qui n'existe plus ,ils ont du s'integrer ensuite dans l'ancienne métropole hostile à leur égard.Beaucoup se disent exilés dans un pays qui ne sera jamais tout à fait le leur,Francais de nationalité mais Algériens de terre.

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